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Je m’écarte de mon sujet car l’artiste que je souhaite vous présenter n’est pas Belge et à ma connaissance n’a encore jamais exposé en Belgique. Il occupe une place incontestable dans l’art contemporain et j’ai l’espoir qu’un jour un musée Belge pourra accueillir une exposition qui lui sera consacrée.

J’ai récemment eu l’occasion de voir « Gravity and Grace: Monumental Works by El Anatsui » au musée de Brooklyn à New York. Mis à part le fait que ce musée est malheureusement boudé par les touristes, la visite valait sacrément le détour, ne serait-ce que pour découvrir le travail du sculpteur ghanéen El Anatsui. S’appuyant sur une armée de petites mains enthousiastes travaillant pour lui dans son studio à Nsukka au Nigéria, la majorité de ses œuvres sont composées d’une matière portant en elle tout le message que l’artiste veut nous transmettre: des capsules de bouteilles de liqueurs, assemblées avec des fils de cuivre.

L’artiste admet que les voyages et séjours à l’étranger qu’il a effectués ont ouvert les portes à sa créativité et est parti d’une simple constatation: un artiste doit utiliser les matériaux existant dans son propre environnement. Pour El Anatsui, il ne faisait aucun sens d’utiliser des matériaux « de l’Occident » dans ses œuvres (peinture à l’huile, acrylique, aquarelle). Il s’est donc naturellement dirigé vers des matériaux « indigènes » comme le bois et la céramique, mais surtout vers des capsules de bouteilles de liqueurs symbolisant le lien entre peuples colonisateurs et peuples colonisés, l’alcool étant une des premières marchandises à être commercialisée en Afrique, échangée contre des esclaves.

Selon lui, un artiste doit travailler longtemps une même matière afin de la connaître et de la maîtriser à la perfection et retirer quelque chose d’intrinsèque de celle-ci. Les capsules et métaux assemblées ressemblent au tissu traditionnel ghanéen « kente » porté lors des funérailles. Le fait que ses installations soient assimilées à ce tissu traditionnel, une matière qui porte en elle-même une symbolique particulière, désigne ses œuvres comme un lieu de réflexion sur la vie, tout comme les lieux de funérailles.

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El Anatsui n’interfère pas dans l’installation de ses « tissus », laissant l’œuvre d’art vivre par elle-même dans une sorte de créativité et évolution constantes. « L’Art est une réplique de la vie, ce n’est pas une chose fixe », affirme-t-il. Il souhaite que les visiteurs puissent s’approcher de ses œuvres afin de pouvoir lire les marques d’alcool qui figurent sur ces « murs » en métal – murs que l’artiste désigne comme des constructions humaines servant à créer des barrières entre peuples, permettant de les séquestrer, les protéger ou de retirer leur liberté. Il apporte également un message terriblement actuel, celui de la révolte contre la consommation de masse et la nécessité de recycler les matières qui circulent autour de nous.

La seule vision de ses œuvres étincelantes vous touche au plus profond de vous-même et leur beauté vous fait douter que vous vous trouvez en face de vieilles capsules et de boîtes de conserves.  L’art a ceci de surprenant – l’émerveillement peut surgir de matériaux de notre quotidien du moment qu’un esprit singulier veuille bien leur donner une autre vie.

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